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Interview avec Mr Norbert Mushenzi, Directeur du Parc National de Virunga

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GVTC : Monsieur le Directeur, voudriez-vous vous présenter aux différents lecteurs de la GVTC ?
NM : Je réponds au nom de Norbert Mushenzi, Directeur en charge de la Conservation communautaire dans le Parc National de Virunga où j’œuvre bientôt dix ans. Bien avant cela j’ai travaillé au Parc National de Kahuzi Biega, en la Réserve Fonds Okapi et Parc de la Garamba. Ce fait déjà bientôt 43 ans que je suis en service.

GVTC : Avec toute cette expérience dans la conservation communautaire, pourriez-vous nous parler de votre background académique lié à cela ?
NM : L’expérience je l’ai acquise sur le terrain, néanmoins j’ai étudié la section agronomique avant de poursuivre d’autres études en matière de conservation au Cameroun. Je suis donc spécialiste de la Faune ; je suis de la première promotion de l’Ecole des Faunes de la Garuha. C’est après cela que j’ai exercé dans les parcs.

GVTC : Quelle est la situation sécuritaire actuelle dans le Parc National de Virunga ? Y a-t-il une réelle amélioration susceptible d’y favoriser le tourisme ?
NM : Il y a une légère amélioration depuis que les éléments du M23 ont été boutés dehors du Parc. Vous savez qu’ils occupaient le secteur du Parc. Néanmoins il persiste des poches de résistance dans le secteur Nyamulagira où abondent des Interahamwe qui s’adonnent au commerce illégal de charbonnage (makala). Dans les secteurs centre et Grand Nord il y a des éléments FDLR et des Mai Mai ADF Nalu (Allied Democratic Forces). Avec des opérations militaires en cours au Grand Nord contre les NALU, nous aurons un peu plus d’accessibilité pour nos activités de surveillance de ce côté. C’est la partie qui est attenante au Rwenzori National Park et à la Réserve de Semliki.
Comme vous le voyez bien sur base cette carté, le Parc National de Virunga s’étend sur 300km à vol d’oiseau. Il part du lac Kivu/Edouard et plus haut c’est le lac Albert. Nous sommes voisins, dans le secteur Sud, du Parc National des Volcans, et au secteur centre nous avons le Bwindi National Park où il y a des gorilles du côté Ougandais, il y a le Mgahinga National Park du côté ougandais, le Queen Elizabeth Park et les Parcs de Semliki et Rwenzori. C’est pour vous dire que la frontière naturelle du Parc National des Virunga constitue aussi la frontière d’Etats et la frontière avec les parcs voisins ; raison pour laquelle la collaboration transfrontalière se justifie dans où nous avons vraiment une frontière commune et il y a ce qu’on appelle la transhumance des animaux entre les trois pays, la RDC, le Rwanda et l’Ouganda.

GVTC : le Parc National de Virunga s’étend-il sur tout le territoire du Nord Kivu ?
NM : Le Parc National de Virunga s’étend sur 95% de superficie en province du Nord Kivu. Il occupe aussi une petite partie en province du Sud-Kivu appelée Ruchegera et le Bogha en Ituri (Province orientale).Mais la grande partie se trouve au Nord Kivu ; donc tout les paysages, tous les secteurs, notamment la partie volcanique se trouvent au Nord Kivu. Qu’il s’agisse des volcans en activités ou endormis, la plaine de la Rwindi, le lac Edouard, le Semliki et la haute forêt à basse altitude ainsi que le Mont Rwenzori, tous ces paysages se retrouvent dans la province du Nord Kivu. Mais cela pose aussi des problèmes parce que le parc couvre plus ou moins 13% de la superficie du Nord Kivu et autour de celle-ci il y a à peu près 7,5 millions d’habitants. Le parc forme donc un ilot entouré de ces populations et qui regorge des ressources naturelles faisant la convoitise de ces populations.

GVTC : Quelles sont les poches de résistance qui sont toujours source d’insécurité dans le Parc National de Virunga ?
NM : Comme je vous l’ai dit tantôt, c’est surtout dans le secteur de Nyamulagira où a lieu le trafic de carbonisation perpétré par les FDLR. Dans le secteur centre et cote ouest du Parc, il y a des Mai Mai ; au Grand Nord, il y a les ADF Nalu, dans la foret de la Semliki qu’on vient à peine de démanteler. Voilà donc les grands défis que nous avons. Aux alentours du lac Edouard, il y a persistance d’un trafic interne de carbonisation, effectué par la population interne, la pèche illicite dans le lac Edouard, la menace que constitue une éventuelle exploitation du pétrole, etc. ; ce sont là les grandes activités qui ont lieu dans le parc.

GVTC : peut-on connaitre le type d’espèces animales actuellement menacées par la présence des groupes armés dans le parc ?
NM : D’abord ce que je peux vous dire est que nous avons l’espèce-phare constituée de gorilles de montagnes qui est l’espèce stratégique au niveau de Mikeno. Dieu merci parce que cette population n’est pas menacée grâce aux efforts conjugués des pays limitrophes qui nous ont permis d’en arriver à une augmentation de 10%. Là, les gorilles ne sont donc pas menacés par rapport aux éléphants et hippopotames. Imaginez-vous, il y a trente ans, nous avions à peu près 30 000 hippopotames tant dans les rivières internes que dans les lacs. Le dernier comptage nous donne à peu près 1400 dans le lac Edouard, rivières Rushuru, Rwindi, Ishasha, Semliki, etc qui avaient la plus grande concentration d’hippopotames. Ces derniers concentrent actuellement dans la rivière Ishasha et dans la moindre mesure dans Semliki du côté de Kasindi Port. On peut également dire, dans une large mesure, qu’il y a les éléphants, les hippopotames, les buffles ainsi que les antilopes qui sont menacés.

GVTC : les populations riveraines du parc de Virunga ne constituent pas une menace pour ces espèces animales et végétales ?
NM : Comme je vous l’ai dit, le parc constitue un ilot entouré de 7,5 millions d’habitants. Autour du parc il y a déboisement terrible. Je peux vous dire que les 3/4 du charbon utilisé par la population de la ville de Goma proviennent du parc. Et comme le parc est généralement occupé par les Interahamwe, la conservation communautaire n’a pas les moyens d’affronter ce genre d’ennemis qui ne vivent que du commerce illicite de la carbonisation. La ville de Goma compte plus d’un million d’habitants où une très petite partie a accès au courant électrique. Ce qui fait que le charbon en provenance du parc est fortement sollicité comme source d’énergie. Voilà pourquoi nous devons faire de notre mieux afin de trouver des solutions alternatives. Au niveau de la conservation communautaire, nous avons initié des foyers améliorés, des projets de briquettes et de reboisement. Cela ne suffit pas parce qu’il y a toujours une pression croissante de la population sur le parc.

GVTC : Comment les trois Etats conjuguent-ils leurs efforts pour la conservation communautaire et dans le cas en espèce, du Parc National de Virunga ?
NM : Effectivement c’est là l’initiative qui déjà date d’une vingtaine d’années ; une initiative qui a commencé à la base, entre les gardes des parcs avant de remonter plus haut vers les conservateurs pour être enfin formalisée par nos institutions dont RDB Office Rwandais de Tourisme et des Parcs Nationaux mais aussi avec Institut Congolais pour la Conservation de la Nature et Uganda Wildlife Authority(UWA). Cette collaboration qui a commencé par la base nous a permis de pouvoir non seulement éviter des clivages politiques (on a pu travailler même pendant la période des conflits, ce qui était déjà un acquis parce qu’on était apolitique) mais cela a plus stimulé et formalisé la collaboration au niveau de nos institutions. C’est ainsi qu’au niveau du secteur Mikeno les gorilles ont pu accroitre quant au niveau des effectifs mais aussi dans d’autres secteurs comme je vous ai parlé de la plus grande concentration des hippopotames dans la rivière Ishasha grâce à l’appui ougandais parce que dans le parc Queen Elizabeth de l’Uganda où il y avait des gardes même lors des conflits. Lors de la plus haute tension qu’a connue notre pays, nos gardes du parc de Virunga ont pu fuir vers le côté ougandais où ils ont bénéficié de la protection des gardes ougandais. Au niveau de l’Ubilia il y a une grande concentration d’animaux dont les éléphants et les buffles qui vivent dans la transhumance de Queen Elizabeth vers Ishango. Ce sont là autant d’acquis de la collaboration transfrontalière qu’il sied de consolider pour le bénéfice des parcs nationaux.

GVTC : Avec la collaboration prochaine entre FARDC et MONUSCO pour un éventuel cantonnement des FDLR vers l’ouest du pays, croyez-vous que le parc de Virunga sera plus épargné ?
NM : Bien sûr, nous le souhaitons de tous nos vœux. Il faut que ces Interahamwe déguerpissent du parc pour que la population des gorilles et même des Bachidernes puissent être protégée. La délocalisation des FDLR nous préoccupe d’autant plus que ces dernières collaborent avec des populations internes et/ou autochtones dans leurs trafics illicites et nous souhaiterions qu’elles soient éloignées le plus loin du parc.

GVTC : Les FDLR constituent une menace pour le parc d’un côté, mais de l’autre côté, il y a la guerre du pétrole !
NM : Vous le dites bien, c’est une guerre de pétrole. Nous, au niveau de l’ICCN comme institution étatique, étant donné que c’est l’option du gouvernement, nous ne pouvons qu’attendre l’issue des études en cours pour voir finalement le gouvernement lever cette option. Mais cela ne dépend pas vraiment de nous, nous sommes sous la tutelle du gouvernement où d’ailleurs les lois sont claires et dissent que les extractions industrielles ne peuvent pas se faire à l’intérieur des aires protégées. Mais bon, c’est l’Etat qui décide ! Nous sommes sous sa tutelle, c’est à lui de lever l’option.

GVTC : le mois dernier, un petit gorille a été remis par le Rwanda à la RDC ; comment avez-vous vécu et célébré cet événement ?
NM : C’est moi d’ailleurs qui ai reçu le jeune gorille à la frontière rwandaise de Gisenyi en date du 19 mai 2014. C’était grâce à la collaboration de nos amis médecins rwandais entre autres Tony Mudakikwa. C’est donc avec grande joie qu’on a célébré le transfert de ce gorille qui a regagné le bercail et nous remercions, à cet effet, le gouvernement rwandais, qui a pu transférer le 14e gorille (d’ailleurs) dans leur site naturel. Heureusement que ces gorilles avaient été pris en charge au niveau de l’orphelinat de Kihimbi, ce qui témoigne à suffisance de cette collaboration qui existe entre nos différentes institutions.

GVTC : Est-on donc en droit de parler également d’un orphelinat pour les gorilles ?
NM : Oui ! Nous avons actuellement deux orphelinats. Un orphelinat qu’on appelle Sengweke au sud du Parc National de Virunga pour les gorilles de montagne et un autre au niveau de Kasugho pour les gorilles de plaine. Il y a actuellement une bonne prise en charge pour ces orphelins en vue de leur future réinsertion dans le parc.

GVTC : Et votre mot de la fin….
NM : je tiens absolument à encourager cette initiative de collaboration transfrontalière et cela pour le bien non seulement de nos populations mais pour une meilleure compréhension de l’autoprise en charge de nos populations riveraines (et transfrontalières) et le bien des services écosystémiques parce que si les parcs disparaissent, nos populations avoisinant les parcs ne vivront plus aussi dans des bonnes conditions parce que toutes ces rivières qui prennent leurs têtes de sources dans les bassins versants de montagnes qui sont à l’intérieur des parcs leur servent de réservoir d’eau. Les populations riveraines sont donc les premières bénéficiaires de la conservation des parcs et de leurs services ecosystemiques. Je tiens donc à ce que la collaboration transfrontalière puisse être renforcée pour l’intérêt des générations futures.

GVTC : Croyez-vous que les assises organisées par GVTC en date du 4 au 5 juin 2014 renforcent vos propos ci-haut évoqués ?
NM : Absolument ! Elles visent à revitaliser maintenant les comités de conservation communautaire qui, à un moment donné, étaient en léthargie. Mais je pense qu’avec la redynamisation de quatre comités GVTC sera encore davantage performante et permanente sur les trois pays (RDC, Rwanda & Ouganda) dans l’intérêt de nos parcs nationaux.

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La Collaboration transfrontalière du Grand Virunga est un cadre de gestion stratégique, transfrontalière et collaborative du paysage du Grand Virunga

              

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